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Débat biaisé, terrain miné, ou plutôt non-débat, comme d’habitude, concernant la notion de genre dans les manuels de sciences en 1ère L et ES. Ce à quoi l’on assiste, ce sont des prises de position tapageuses et grossières : « Genre !… ». 80 députés se sont inventé un nouveau cheval de bataille incarnant le genre conservateur, inquiétant, mâtiné d’un naturalisme niais, de militantisme catho et d’homophobie. C’est à la mode, on le sait, on ne compte plus les petites phrases, dérapages, et autres déclamations chargées de promouvoir le sectarisme et de banaliser la régression culturelle. On ratisse les plates-bandes du FN. Bonus : cette montée au créneau empêche qu’on les accuse d’indifférence devant la mise à mal du système éducatif. Ça donne le change, ça fait bon genre quoi.

Argumentaire : on se réclame de « la liberté de conscience » et on s’arroge l’exclusivité de la protection des jeunes (pétition de l’Association des familles catholiques) ; on dénonce une « propagande » chargée « d’imposer une vision de la normalité » (Christine Boutin) et on prétend faire campagne contre des thèses sectaires : une « idéologie » est débusquée (Jean-Marc Nesme), en référence abusive aux « gender studies » (le terme diffuse un opportun parfum sulfureux), et enfin saisie de la Mission Interministérielle de Lutte et de Vigilance contre les Dérives sectaires. Bref, la recette habituelle : on accuse l'autre de cela même qu'on est en train de pratiquer (intolérance, obscurantisme, prosélytisme); en fait on récupère et on s'approprie avant même qu’ils soient énoncés, les arguments de ceux que l’on attaque. Confiscation du discours, détournement des concepts, contestation piégée : il s'agit de barrer l'accès à la vérité, d'empêcher tout débat, il s'agit seulement de se faire valoir au détriment de l'autre. C'est une stratégie éminemment perverse. Connaissant les campagnes de notre gouvernement, nul doute qu'il donnera raison à ces réactionnaires, au pire en reprenant la rédaction des programmes, au mieux en se drapant dans un noble silence ; cette « affaire » aura toujours eu le mérite de permettre, une fois encore, que le loup sorte du bois.

De quoi est-il question à la fin ? Des pages concernant l’orientation sexuelle ; elles viennent compléter l’exposé scientifique sur les différences sexuelles (différences génétiques, gonadiques, anatomiques) et fournissent en effet le cadre d’une réflexion sur l’identité sexuelle, ce qu’on ne saurait reprocher à l’enseignement des sciences. Quand la mode est au débat moral, nos députés devraient se réjouir de ce que l’on en donne quelques éléments jusque dans les manuels… Les programmes et directives ministérielles enjoignent d’ailleurs fort heureusement de ne pas s’en tenir à déverser des contenus, des savoirs : il faut contextualiser, relier les connaissances au monde qui nous entoure. Le chapitre incriminé est intitulé « Devenir homme ou femme » (consulter un specimen ici). Sérieusement : comment peut-on encore aujourd’hui revendiquer la bêtise d’assimiler la femme à la femelle, l’homme au mâle ? Comment peut-on ignorer qu’en effet l’identité sexuelle est, chez l’humain, une construction culturelle, parce qu’elle est inscrite dans le langage autant que dans le corps ? Comment soutenir sérieusement qu’un exposé sur la complexité de nos identités sexuelles serait de nature à pervertir des adolescents de 17 ans ? Il y a beaucoup de peur et de répression dans ce genre de position.

Si nos députés porte-drapeaux avaient une once de pédagogie et un tant soit peu de rigueur, ils éviteraient de promouvoir constamment la confusion des genres, avant que d’aller la dénoncer bruyamment dans le domaine sexuel. Je pense à ces discours pervertis qui amalgament science et morale, politique et religion, protection et répression... La confusion des genres se diffuse mieux encore quand elle mise en acte, à travers les comportements : ministres pédophiles, passe-droits, entraves à la justice, immixtion dans les compétences réservées, etc). La pornographie n’est pas là où ils croient la voir.

 

Puisqu’on se penche sur les manuels scolaires, et si l'on veut bien discuter plutôt que partir en croisade, je voudrais rapidement montrer qu'il y a bien d’autres points à soulever. C'est, par exemple, cette explication : chez l’homme, l’activité sexuelle n’est pas seulement déterminée par l’instinct de reproduction (en effet), mais par « la recherche du plaisir », lequel s’explique notamment par la production de dopamine, selon un mécanisme cérébral qu’on appelle le « système de récompense ». Personnellement, cette subordination de la sexualité à la quête de jouissance me pose problème ; de même que l'idée d'un plaisir qui se résout dans les tissus nerveux. Il y a là une banalisation de la recherche systématique de jouissance, quand la sexualité est plutôt déterminée par le manque, le désir ; il y a là aussi un simplisme positiviste, car désir et plaisir s'articulent d'abord au langage et à une dynamique psychique.

 

En tout cas, on voit par cette petite méditation que le genre est une notion fructueuse, qui sert moins à catégoriser qu’à travailler les différences… et les différends. Messieurs les députés UMP, prenez-en de la graine !

Hélène Genet

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Recueil d'articles et de textes sur le corps altéré (Erès, 2011)

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Réflexion en dialogue avec Didier Martz sur la question lancinante du suicide (Erès, sept 2012)

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