12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 12:14

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Il y a un peu moins d’un an, à la faveur de la possible greffe de Sarko Junior à la tête de l’Epad, les serviteurs du pouvoir avouaient l’existence d’« éléments de langage » fourbis par l’Elysée : un inventaire d’arguments prêts à l’emploi, concoctés par les conseillers en communication du Généralissime, à usage de ses ministres invités à réagir sur les plateaux. C'est Jean-François Copé qui, sournoisement cuisiné par Thomas Legrand sur Inter, lâcha le morceau. Depuis, l’expression a fait une modeste recette. On la retrouve ici ou là, sous la plume de quelques journalistes soucieux de rappeler les méthodes de management gouvernemental, sans pour autant les affubler de leur nom savant : propagande.

 

Or sous Sarkozy, le recours aux « éléments de langage » se systématise. Culture sous serre et intensive. Plus un seul événement dont les commentaires ne soient dictés aux ministres et aux députés de la famille. Chacun ânonne docilement le Guéantais. Foin des caricatures alignant les interventions en copié-collé : mieux vaut prévenir la dissidence qui menace dans toute libre expression, l’essentiel est de serrer les rangs.

 

Fait nouveau : depuis la défaite aux sénatoriales, plus encore avec les primaires socialistes, l’expression s’exhibe sans pudeur, à la Une, en gros titre et en sous-titre. Ainsi dans LeMonde.fr du 13/10/11 : "Sarkozy fixe les éléments de langage pour ses ministres et les envoie sur les ondes". Et les journalistes d'énumérer posément les arguments prescrits par le Prince pour relativiser le succès socialiste. Qu’est-ce à dire ? En réalité, cette nouvelle mode lexicale est à double tranchant : d’un côté on pourrait y voir le signe réjouissant que, les présidentielles approchant, les langues se délient et la dénonciation des manipulations se généralise. Le recours à l'étiquette semble indiquer que personne n'est dupe, qu'il est de notoriété publique que la parole des élus UMP est vendue.

 

Mais en même temps, l’expression n’a rien d’accusatoire, au contraire, c’est un de ces euphémismes sirupeux chargés de requalifier les pires violences afin de les rendre acceptables (comme "solution finale" par exemple, ou "restructuration" pour licenciements massifs). Cela reste la langue d'Etat. Donc sa diffusion médiatique risque fort, aux oreilles du plus grand nombre, de banaliser cette pratique despotique et d’en faire, à terme, une méthode de communication parfaitement anodine. Bientôt, dans tous les partis, dans les entreprises et les salles de classe, il faudra, injonction supplémentaire, employer les « éléments de langage » présentés par la Direction, qui, bonne mère et soucieuse de pédagogie, ne cherchera qu’à aider ses agents, dont la tâche, est, il faut le reconnaître difficile, exigeante… (ici : possibilité d’ajouter plusieurs adjectifs compassionnels).

 

Alors : mesdames messieurs les journalistes qui vous croyez indépendants, mesdames messieurs les commentateurs qui croyez vous exprimer librement, ne cédez pas aux modes lexicales qui relayent et cautionnent la propagande d’Etat. En brandissant les « éléments de langage », vous vous en faites les chantres. Appelez un chat un chat et cultivez votre jardin.

 

Hélène Genet

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commentaires

Didier 12/10/2011 21:02


Effectivement, sentiment d'avoir déjà entendu cela. les deux derniers paragraphes font la différence. bien vu la photo.